« Plus pauvre que l’Alabama? » — de quoi parle vraiment le débat sur le PIB par habitant

27 février 2026

Le titre du Globe and Mail ci-dessus a suscité une énorme réaction (y compris la mienne) après avoir observé que notre activité économique par Canadien a pris du retard par rapport à un État souvent associé à sa pauvreté. Certaines personnes disent que c’est la preuve d’un véritable déclin économique. D’autres l’ont rejetée comme alarmiste, arguant que le PIB par habitant est une mesure étroite et trompeuse du niveau de vie.

Les critiques du PIB par habitant n’ont pas tort de soulever certaines objections. Le PIB ne mesure pas l’inégalité ni l’espérance de vie. Elle ne reflète pas la durabilité environnementale. Il ne vous dit pas si les gens se sentent en sécurité, optimistes ou socialement connectés. La comparaison de deux juridictions en une même année peut être faussée par les taux de change, la composition de l’industrie ou des chocs temporaires.

C’est pourquoi de nombreux commentateurs ont plutôt désigné des indicateurs plus larges — l’Indice de développement humain, les données sur le revenu médian et les classements mondiaux du bonheur. L’argument était que même si le PIB par habitant semble faible, ces autres mesures offrent une image plus complète.

Mais voici la vérité inconfortable : ces indicateurs pourraient en fait être encore pires.

Le Canada est passé du sommet du classement mondial de l’Indice mondial de développement humain à des bas dizaines :



La croissance du revenu réel dans plusieurs communautés ontariennes est faible ou négative depuis plus de vingt ans :


Les prix de l’immobilier ont augmenté de façon spectaculaire plus rapidement que les revenus, même en tenant compte de la récente correction des prix :



Les données mondiales sur le bonheur montrent une baisse notable de la satisfaction de vie canadienne depuis 2015, particulièrement chez les jeunes :

Donc, ce n’est pas un cas où le PIB par habitant semble inquiétant, mais tout le reste semble solide. À travers plusieurs critères — croissance des revenus, abordabilité, classements de développement, bien-être déclaré — quelque chose a clairement mal tourné.

Ce qui importe le plus avec le PIB par habitant, c’est le taux de croissance, pas seulement le niveau absolu. Avec le temps, le taux de croissance par habitant en dit long sur ce qui se passe réellement à l’intérieur d’une économie — si la productivité augmente, si les opportunités s’étendent, et si la base budgétaire se renforce. Le coût d’opportunité d’une croissance faible s’accumule discrètement sur plusieurs décennies.

Pour éviter la sélection à la chercheuse, j’ai examiné le PIB par habitant en dollars constants, ajustés au pouvoir d’achat. Le tableau ci-dessous combine les données publiques de la Banque mondiale pour les économies nationales avec les données de croissance de l’Ontario provenant de Statistique Canada, exprimées de façon comparable. Ce sont des estimations arrondies, donc différentes sources de données peuvent donner des chiffres légèrement différents, mais c’est la tendance qui compte le plus.

Voici à quoi ressemble la croissance réelle par habitant de 2000 à 2023, indexée sur les prix de 2021 :

En 2000, l’Ontario était légèrement au-dessus de la moyenne canadienne. Nous étions plus compétitifs et prospères que certaines des économies les plus riches (et autrefois paires) aujourd’hui.

Mais ce n’est plus le cas, car notre croissance par personne n’a guère été composée. Si l’Ontario avait connu une croissance comme le Danemark ou les Pays-Bas depuis 2000, notre économie par habitant aujourd’hui serait environ 20 000 $ plus grande. Pour environ 15 millions de personnes, cela représente plus de 300 milliards de dollars de production économique annuelle supplémentaire.

Avec une fourchette fiscale fédérale–provinciale combinée d’environ 30%, cela se traduit par environ 6 000 $ par personne en revenus publics supplémentaires chaque année, sans augmenter les taux d’imposition. Pour contexte, le déficit combiné fédéral et provincial aujourd’hui est d’environ 1 800 $ par personne. Cela signifie que nous aurions 4 200 $ par année qui pourraient être consacrés à de meilleurs services sociaux, à la construction d’infrastructures ou à la baisse des impôts sans contracter de nouvelle dette publique. C’est beaucoup de capacité pour résoudre plusieurs des problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui.

Donc, quand les experts disent que les soins de santé sont sous-financés, ils ont raison. Quand les parents disent qu’il faut plus d’enseignants pour réduire la taille des classes, ils ont raison. Et quand les familles et les entreprises disent qu’elles ne peuvent pas se permettre de payer plus d’impôts, elles ont raison aussi. Ces pressions ne sont pas des contradictions — elles sont ce qui arrive lorsque la croissance par habitant est trop faible pour élargir la base fiscale assez rapidement afin de soutenir la hausse des coûts et des attentes. Sans une croissance plus forte, les gouvernements se sentent fauchés, les services paraissent sollicités, et les contribuables se sentent pressés, tout cela en même temps.

Le PIB par habitant ne regroupe pas tout ce qui compte. Mais la faiblesse persistante de son taux de croissance signale généralement des problèmes structurels plus profonds. Et c’est précisément ces problèmes structurels que j’explore pour me présenter à une élection. J’en reparlerai bientôt.